[Vu dans la presse] Le commun patrimonial numérique : partager nos ancêtres fossiles

Le patrimoine fossile humain est souvent réservé à une communauté restreinte de chercheurs et de conservateurs. Sa copie numérique (par exemple, le scanner), ressource précieuse pour le chercheur, est rarement en libre accès bien qu’elle soit facilement partageable, manipulable et non-destructrice pour le fossile original. Ce patrimoine demande donc à être rendu concrètement commun sous l’égide d’une gouvernance respectueuse des intérêts de chacun.

  • Le 19 févr.

Rédigé par : Tony Chevalier, ingénieur d’étude en archéométrie, spécialisé en paléoanthropologie
 
Laboratoire Histoire Naturelle de l'homme préhistorique. UMR 7194 Museum d'Histoire Naturelle de Paris UPVD CNRS
19 février 2025


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Les restes humains anciens (>12 000 ans) ne peuvent être revendiqués par aucun patrimoine familial et par aucune communauté. Néanmoins, ce patrimoine commun n’est pas affranchi de tout droit de propriété. Son utilisation dans le cadre d’activités de recherche et de diffusion scientifique doit être régie par des règles et une autorité.

L’avancée des méthodes appliquées à l’imagerie et l’accessibilité plus aisée aux scanners à haute résolution ont amené les paléoanthropologues à s’orienter vers l’anthropologie virtuelle. Les données issues des scanners sont notamment utilisées pour la quantification des structures internes et la reconstruction des fossiles endommagés. Le scanner donne une nouvelle dimension à la copie d’objet, traditionnellement acquise par des moulages en résine. Désormais, nous disposons d’une copie étendue à l’intérieur de l’objet. Les fichiers numériques permettent de conserver virtuellement le patrimoine fossile humain et de valoriser les collections en les rendant accessibles à une large communauté de chercheurs, voire au grand public.

Les vagues de numérisation des squelettes humains et non-humains ont donné naissance à divers projets de partage des données (par exemple, Morphosource, Etats-Unis ; Nespos, Europe ; e-COL+, MorphoMuseuM, France). Bien que les conditions d’accès et la qualité des données numériques partagées varient, nous sommes face à une avancée indéniable pour rendre commun le monde vivant d’hier et d’aujourd’hui.


Fig. 1 : Patrimoine fossile original et virtuel : a. Mandibule de la Caune de l’Arago (Tautavel) ; b. Section de la deuxième molaire (M2) avec l’émail en blanc ; c. Représentation 3D de la M2 ; d. Modèle 3D de la M2 en transparence ; e. Modèle 3D de l’émail (plusieurs vues) ; f. Modèle 3D de la dentine ; g. Modèle 3D de la cavité pulpaire. Crédit photo pour la mandibule originale (a) : Denis Dainat/EPCC-Tautavel.


Des fossiles parmi les plus anciens de France

Plus de deux cents restes osseux et dentaires de la région Occitanie conservés au sein de l’EPCC-CERP de Tautavel ont été scannés récemment, notamment grâce à un projet financé par la fondation UPVD. Cette collection virtuelle qui inclut les plus anciens restes humains actuellement retrouvés sur le territoire français sera partagée au fur et à mesure que les objectifs de recherche seront atteints.

Ce partage nécessite une réflexion sur la propriété des données qu’elles soient brutes (c’est-à-dire les radiographies ou les images, Fig.1 b) ou produites à l’issue des recherches (Fig.1 c-g). Tout comme les moulages, les fichiers numériques sont des objets patrimoniaux dont il faut garantir la conservation et la pérennité. Ces fichiers peuvent être facilement partagés et dupliqués. Par conséquent, l’utilisation des fichiers doit être contrôlée en particulier lors de la période où l’accès est restreint aux seules personnes autorisées à développer leur recherche sur ce matériel. Ce partage doit s’inscrire dans une démarche de valorisation des collections et des différents acteurs, instituts et financeurs ayant œuvré pour faire de ce patrimoine un « commun ».

En résumé, le fossile humain, bien matériel, peut être présenté dans un musée mais il ne peut être manipulé en dehors d’un cadre strictement réglementé. La copie virtuelle, immatérielle, voyage sans contrainte et permet la manipulation et l’utilisation de l’objet à des fins de recherches ou de diffusion scientifique. Ce patrimoine numérique doit être in fine accessible à tous les publics tout en sensibilisant l’intéressé aux usages et aux règles, et au caractère remarquable de la collection originale fossile et de la collection numérique mise à disposition.

Finalement, rendre commun le patrimoine fossile humain par un téléchargement, c’est participer pleinement à la science ouverte.

Création d'une rubrique de vulgarisation scientifique

Depuis novembre 2024, le journal La Semaine du Roussillon consacre une rubrique sur les projets de recherche menés à l’Université de Perpignan Via Domitia (UPVD). Chaque semaine, un ou une scientifique issu.e d’un des 16 laboratoires de l’UPVD prend la plume et partage ses travaux de recherche de manière vulgarisée.

La Semaine du Roussillon est le premier hebdomadaire d’informations des Pyrénées-Orientales. Il publie, depuis 1996, de l’information générale couvrant l’ensemble du département sous la houlette de journalistes indépendants. Éditée par la SARL Les Éditions de Celestina, La Semaine du Roussillon n’appartient à aucun groupe de presse. Le journal traite de l’actualité avec un intérêt particulier pour les sujets de fond. Cette volonté se traduit aujourd’hui par la création d’une rubrique dédiée à la vulgarisation scientifique.

À travers ses deux écoles doctorales, ses 16 unités de recherche et ses six plateformes technologiques, la recherche à l’UPVD est marquée par sa pluridisciplinarité et sa transdisciplinarité qui lui permettent aujourd’hui d’aborder de nombreux sujets liés à l’environnement, la biodiversité, les arts, les sciences politiques et sociales ou encore l’économie. Résolument engagée dans un esprit de partage de ses connaissances et de valorisation des travaux chercheurs, l’UPVD s’inscrit ici dans une volonté de promotion de la science au service de la société.
 



 


Mise à jour le 25 février 2025
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